Pour vivre heureux·ses, visons (dés)engagé·es ?

L'intro va vous surprendre

Avec Our Millennials Today, on part à la rencontre d’étudiant·es et jeunes diplômé·es qui se sont jeté·es dans le grand bain du travail. On parle aussi éducation et orientation professionnelle. Athlète confirmé·e ou newbie en brassard, bienvenue 🎣


🐟 Avant le plongeon

Une section exceptionnellement renommée [3615 my life]

Coucou toi, dis moi, comment vas-tu ? J’espère que tu arrives à profiter de la température natatoire estivale comme il se doit. Si tu es de la team chillance, fais attention à toi, je n'aimerais pas que tu rejoignes celle coup de soleil par mégarde1. De mon côté, tout baigne. Le week end dernier j’ai même joué à 1, 2, 3 soleil version cycliste. Comme c’était ben hot, j’ai dû aller piquer une petite tête ensuite – histoire de faire baisser la température et faire retomber la pression. Je te laisse apprécier l’image ci-dessous qui reproduit à peu de choses près ma cascade.

Mais je m’emballe encore. L’heure est venue de chlore la parenthèse bitumée pour plonger dans le sujet du jour. Aujourd’hui je te propose un billet sur la question de l’alignement, plus précisément sur l’engagement en entreprise.

Fasten your bouée, we’re about to take off 🏊‍♀️

👋 On recrute des nouveaux nageur·ses. Tu veux rejoindre la team ? c’est juste ici 👇


🦑 Un nouveau rapport au travail se dessine

Dans son podcast Philosophy is sexy2, Marie Robert se penche sur la notion d’engagement. Elle nous rappelle qu'étymologiquement, ce terme veut littéralement dire « mettre en gage », soit, investir une part de soi dans nos actions. Or, n'est-ce pas même la définition du travail ? L’entreprise s’engage – monétairement – auprès de ses salarié·es qui, en échange, s’engagent – moralement – à mettre leurs compétences au service du développement de la première. Pourtant, de nos jours, même si les termes officiels du contrat n’ont pas changé, on entend beaucoup parler désengagement.

« 85% worldwide employees are not engaged or, are actively disengaged in their job » Gallup3

Qu’est-ce donc alors que cette bête noire du désengagement ?

Selon Ludovic de Gromard, fondateur de Chance, être engagé·e rime avec le fait de « vibrer au travail ». Pour Laëtitia Vitaud, co-fondatrice du média Nouveau Départ et spécialiste des thématiques future of work, l'engagement est le fait de « s'identifier pleinement à leur travail, avoir le sentiment de contribuer activement à la croissance de l'entreprise qui les emploi, en prenant des initiatives et en innovant »4. En un mot, pour l’un·e et l’autre, l’engagement se traduit par le fait d’être aligné·e avec son entreprise, ses valeurs et ses tâches. Bref, y trouver un sens particulier – pour soi, son environnement ou la société. Avec le taux élevé de out5 en tout genre comme celui de turnover, nous sommes en droit de nous demander si l'engagement est encore un pré-requis professionnel contemporain.

Mais après tout, ce manque d’engagement est-il alarmant ? Peut-être est-il simplement le signe de la redéfinition du contrat professionnel6 actuel ? Avec l'avènement de la société de consommation, la tertiarisation de l’économie et la réduction du temps de travail global, le rôle de l’entreprise a, lui aussi, évolué. Sa vocation n'est plus de subvenir à l’ensemble des besoins de ses salarié·es mais de leur fournir les moyens (financiers) – finis donc l’idéologie Saint-simoniste ou les rêves fouriéristes.

Explorons tout cela ensemble veux-tu ?


🦐 « Travailler moins pour kiffer plus » campagne 2022 de S.

Le clash des Titans – vie pro VS. vie perso

« Quand le XXème siècle commence, le travail est, pour la très grande majorité des hommes, la vie même. Ils y consacrent 70 % de leur vie éveillée, 40 % de leur existence. Un siècle plus tard, à l’orée du XXième siècle, le travail salarié ne représente plus en Europe que 10 % d’une existence, 14 % d’une vie éveillée » Jean Viard7

Or, nos rythmes de vie ont grandement évolué au siècle dernier.

« la révolution industrielle a porté ses effets, la société salariale s’est généralisée, les études se sont allongées et les luttes sociales ont réduit de près des deux tiers la durée du travail, permettant une augmentation de 40 % de l’espérance de vie » Jean Viard8

« L’évidence du rythme solaire l’a longtemps gouvernée, le travail s’effectuant du lever au coucher du soleil. Au XVIème siècle, s’instaure la demi-journée. Cassure radicale. Puis des cloches sonnent le début et la fin du travail. Toujours au XVIème, semble-t-il. Siècle où, d’après Jacques Le Goff, la durée du travail se met à poser de multiples problèmes. Enfin, la pendule et la lumière artificielle séparèrent encore un peu plus la journée du soleil. Le temps y perdit son caractère local pour devenir national et mondial. » Jean Viard9

Ces différentes mutations ont accompagné un changement structurel de notre rapport au temps – qui s'est sensiblement allongé. De cet évènement ont donc découlé de nombreuses modifications de notre rythme de vie. L’on compte parmi celles-ci le raccourcissement de notre temps travaillé et, en conséquence, l'allongement de celui dédié aux loisirs. Anciennement, le travail occupait une partie importante de nos journées – et de nos vies en général. Aujourd’hui, tous ces éléments ont réduit la part travaillée de notre existence (même si cela s’élève à 80 000h, ou 10% pour les aficionados des stats). Pour rappel, nous vivons en moyenne une vingtaine d’années une fois à la retraite10, soit une nouvelle vie.

Cette réduction du temps travaillé légitime donc la question à mille euros « Mais finalement, est-ce si grave si mon emploi ne me satisfait pas ? » De même pour celle bonus concernant l'alignement des valeurs, puisqu'acheter notre rédemption est désormais chose possible. Le travail perdrait donc son aspect moral pour ne (re)devenir qu’une transaction monétaire entre deux acteur·rices.

Savant calcul bjr

👉 cette section a été réalisée par une professionnelle, veuillez ne pas reproduire ceci chez vous au risque de griller vos neurones (en vérité je souffre de dyscalculie profonde)

Si l’on compte une semaine lambda, cela nous donne 24h x 7 = 168h. Si tu me l’autorise, je vais lui retirer 8h x 7j = 56h de sommeil (je suis optimiste tavu), cela nous laisse 112h à occuper.

Si l’on a un poste à horaires « classiques », cela veut dire que l’on est 35h/semaine au bureau. Dans ce cas, il nous reste 77h à occuper dans notre semaine. Soustrayons encore 1h de pause dej et 1h de trajet quotidiennement, ce qui nous laisse 67h hors travail à occuper (week end compris).

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais 51h c'est énorme ! Pour te donner une idée, c’est à peu près l’équivalent de 3 jours. Et si tu es une personne qui n’a pas besoin de beaucoup de sommeil, ton temps libre hebdo est encore plus conséquent.

Pour les matheux·ses, here's the calcul : (24 x 7) - (8 x 7)- (1 x 5) - (1 x 5) = 67h [- (2 x 8) = 51h

(si tu spottes une faute tu peux toujours répondre à ce mail, je te croirais sur parole)

Le temps de loisir peut devenir une sorte de terrain de jeu compensatoire. Certain·es l’emploient pour explorer de nouvelles lignes de nage, s’impliquer dans des causes non défendues dans leur quotidien professionnel ou encore développer leur activité. Peu étonnant donc que l’on fasse la part belle aux side-projects et engagements citoyens. Une chose me dérange tout de même : le loisir est devenu un temps « rentable », à organiser minutieusement, comme son agenda professionnel. Gare à l’oisiveté qui, au travail comme dans la sphère privée est perçue comme un temps perdu.

Travailler dans un environnement « bof » n'est donc pas toujours un souci, puisque l'emploi ne devient qu’un moyen pour entretenir les autres domaines de notre vie – un peu comme prendre une douche tiède et non pas chaude en fin de séance.Au-delà de cette nouvelle injonction à la productivité personnelle, il me semble que l’individualisation de notre rapport au travail participe également à ce désengagement tant redouté.


🦀 Ça va vite non ?

Penser long-terme quand tout change

Simon Sinek parle de l’importance de la mission pour les entreprises dans son ouvrage Start With Why11. Un des piliers de sa réflexion est qu’un·e salarié·e sera d'autant plus efficace (et impliqué·e) dès lors qu’iel sera mis·e au fait de la mission profonde de cette dernière. Connaître sa finalité lui permet de comprendre l’impact de ses actions. Ainsi, l’objectif premier des structures serait d'arriver à partager et embarquer ses salarié·es dans la vision globale de celle-ci. Mais les temps ont changé. À notre époque, « carrière » a plutôt tendance à se penser au pluriel, et une cathédrale se construit en 20 ans – si tout va bien12. Les statistiques sont sans appel : une personne de ma génération exercera en moyenne 13 métiers dans sa vie – sur 40 ans d’activité13. Est-il donc réellement possible – hors startup – de trouver des collaborateur·rices prêt·es à s’engager pleinement s’iels ont une forte probabilité de ne pas être présent·e pour admirer le résultat final (du moins pas de l’intérieur) ?


🐡 La liberté et la vie

« My horse for my freedom » Richard the bird

Travailler peut également devenir le moyen de revendiquer une certaine liberté. Cela se voit notamment au travers de l’apparition de nouvelles manières de travailler qui soulignent ce changement de paradigme progressif. Slasher, se lancer en tant que freelance, ou choisir le slowpreneuriat sont tout autant de formes d'affirmer sa singularité – soit, sa différenciation. Désormais, c'est à l’entreprise de s'adapter au rythme du travailleur·se et non plus l’inverse. Le fait même de la considérer comme cliente et non plus comme employeuse témoigne de cette évolution. Enfin, cette individualisation de nos trajectoires professionnelles s’observe dans les réponses à la fameuse question « où te vois où dans 5 ans ? ». Créer son entreprise ou devenir freelance, aujourd'hui considérées comme réponses acceptables. Avec la mondialisation et la révolution numérique, nombre d’acteur·rices peuvent collaborer de manière ponctuelle, à distance. L'environnement de travail solo est alors privilégié à celui plus global de l’entreprise.

Avec le slowpreneuriat et l'envie de ne travailler « que » le temps nécessaire pour vivre, un mouvement plus minimaliste semble également émerger. Le travail n'est alors plus enrobé de ses fonctions anciennes (soit socialisation notamment et/ou rencontre d’ami·es/amant·es puisque les applis ont pris le relai). De même pour les envies de temps partiel.

👉 25% des français·es souhaitent travailler à temps partiel

« La réussite c'est une définition personnelle » Camille

☝️ Fun fact : Welcome to the Jungle fait partie de ces entreprises qui ont pris conscience de cette nouvelle dichotomie en généralisant la semaine à 4 jours pour permettre à leurs employé·es de se consacrer à leurs projets personnels / se former comme ils l’entendent et ainsi revenir l'esprit plus enrichit le lundi !

Le travail est donc devenu un moyen d’épanouissement comme un autre – voire même moins pour certain·es qui parlent d’un emploi « alimentaire » auquel cas travailler n'est perçu que comme une formalité.


👀 So what?

Alors, c'est grave docteur·e ?

Avant d'en parler autour de moi, il me semblait inconcevable de séparer ses engagements personnels de ceux professionnels. Puis j’ai compris que tout n'était qu’une question d’équilibre.

Comme beaucoup d’injonctions, me semble finalement poindre le bout de son nez celle d’engagement. Comme si l’on ne pouvait participer à construire un nouveau demain sans s’impliquer h24 dans nos combats. Pourtant, les militant·es comme les autres nageur·ses sont humain·es – et oui, même Mickaël Phelps dort la nuit que voulez-vous. On ne peut pas être sur tous les fronts, et personne n'est à l’abri d’une petite dissonance cognitive. Le tout étant, comme toujours, de détricoter notre rapport au travail pour mieux appréhender ce qui nous convient.

Tout ceci m’interroge également sur le mouvement inverse – le sur-engagement – que l’on peut voir dans certains emplois avec ses dérives… Pour un prochain billet peut-être ?


« Pour moi la réussite c'est pas tant de k à la fin du mois ou tel nom sur ton cv »

La rencontre Au bord du bassin ne se lit pas, elle s’écoute. En vadrouille les palmes aux pieds, en s’étirant après une session intense ou en chillant sur son transat : tout est possible. Notre nageuse du jour est Camille. Elle nous parle de la manière dont elle a déconstruit son approche du job-idéal et du job à impact pour se concentrer sur d’autres critères de choix indispensables à ses yeux.

Pour voir son témoignage vidéo, rendez-vous également sur notre chaîne youtube

Bonne écoute 🐋 (L’épisode est disponible sur toutes les plateformes de podcast)


🛠 Quelques ressources avant de se quitter

👉 Le CDI de chantier : une mise à mort du salariat ? par Les Échos qui retrace l’historique du travail et des contrats en France

👉 Le TEDx de Simon Sinek How great leaders inspire action où celui-ci résume sa théorie du WHY développée dans son ouvrage (le transcript est également disponible pour la team flm)

👉 La conversation de Matthieu Stefani et Ludovic de Gromard sur l’engagement, la quête de sens et l’orientation sur le podcast Génération Do It Yourself

👉 L’époside D’où vient l’injonction à être passionné·e au travail de Louie Media qui s’interroge sur les motivations que pourraient avoir les entreprises à surfer sur cette vague pour stimuler l’implication de leurs employé·es

👉 Pour les gamers, le jeu Richard attacks pour renouer avec l’univers Shakespearien sans l'anglais incompréhensible


Ça t’a plu ? Fais passer le mot !

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À très vite pour un nouveau plongeon 🐋 

Apolline


Vous pouvez aussi nous retrouver sur instagram : https://www.instagram.com/ourmillennialstoday/

1

La limite est souvent plus fine qu’on ne le pense

2

Ma nouvelle bible, qui eût cru que la philosophie pouvait devenir trendy ?

3

Cette statistique s’élevait à 91% d’employé·es désengagé·es en France selon Gallup en 2017

4

Du labeur à l’ouvragePourquoi l'artisanat est le futur du travail, Calmann-Lévy, 2019

5

Burn-out, bore-out, brown-out etc.

6

À l’image du Contrat social Rousseauiste

7

Le triomphe d’une utopie - Vacances, loisirs, voyages / La révolution des temps libres, avant-propos, Jean Viard, 2015

8

Le triomphe d’une utopie - Vacances, loisirs, voyages / La révolution des temps libres, avant-propos, Jean Viard, 2015

9

Le triomphe d’une utopie - Vacances, loisirs, voyages / La révolution des temps libres, Chapitre 5, Jean Viard, 2015

11

Son ouvrage est disponible en librairie. Vous pouvez également le commander en ligne sur Recyclivre

12

Je ne parlerais pas ici de la construction de Notre-Dame qui prit environ 300 ans (et qui sait combien de temps la reconstruction prendra ensuite ?)